Communication personnelle de Melle Odette SPIESS

      NOTE SUR LE TREMBLEMENT DE TERRE DE PROVENCE

DU 11 JUIN 1909,

PAR M. LE COMMANDANT SPIESS,

MEMBRE DE LA SOCIETE GEOLOGIQUE DE FRANCE,

A CLERMONT-FERRAND.

Extrait des Comptes rendus du Congrès des Sociétés savantes en 1926, Sciences.

Le tremblement de terre du 11 juin 1909 qui a ébranlé le Sud-Est de la France, ravagé une partie de la Provence et causé la mort de quarante quatre personnes, a déjá fait l'objet de plusieurs travaux, entre autres ceux de MM. Angot (1), Bourget (2), P. Lemoine (3), Colonel Jullien (4), L. Fabry (5), Répelin et Laurent (6), Ch. Lallemand (7).

(1) A. Angot-. note sur le tremblement de terre du 11 juin 1909. (C. R. Acad. des Sc., 14 juin 1909, p. 1640).- Sur les tremblements de terre des 11 et 23 juin. (C. R., Acad. des Sc., 5 juiIlet 1909, p. 71).- Sur le tremblement de terre du 11 juin 1909. (C. R. Acad. des Sc., 20 septembre 1909, p. 527.)- Le tremblement de terre du 11 juin 1909 dans le Sud-Est de la France, I, Enquête du Bureau central météorologique. (Annales de géographie, n103, 15 janvier 1910, p. 8.)- Le tremblement de terre de Provence, 11 juin 1909. (Annales du Bureau central météorologique de France, année 1909, I, Aide mémoires, p.37- Paris, 1913.-)

(2) H. Bourget. Rapport sur le tremblement de terre du 11 juin 1909. (Bull. annuel de la Commission de météorologie du département des Bouches-du-Rhône, 27 iéme année, 1909. Marseille, 1909.)

(3) P. Lemoine. Sur les relations tectoniques du tremblement de terre de Provence. (C. R., Acad. des Sc., 21 juin 1909, p. 1696.) - Le tremblement de terre d'Aix-en-Provence du 11 juin 1909. (B. S. G. F., 4ème série, t. IX, 1909, p.299.) - Les tremblements de terre de Proyence. (La Géographie, t. XIX 1909, p. 442.) - Observations faites sur le tremblement de terre de Provence, 11 juin 1909. (Bull. de la Société philomathique de Paris, 10ème série, t. XII, 1909, p. 112.) - Le tremblement de terre du 11 juin 1909 dans le Sud-Est de la France, II, Observations sur place dans la région dévastée. (Annales de géographie, n103, 15 janvier 1909, p. 15.)

(4) Colonel JULLIEN. Note sur l'emplacement des localités qui semblent avoir été le plus souvent éprouvées dans le tremblement de terre du 11 juin 1909. (C. R. Acad. des Sc., 21 juin 1909, p. 1703) - Note sur le territoire sinistré pendant le tremblement de terre du 11 juin 1909 au Nord-Est d'Aix-en-Provence: (B. S. G. F., 4ème série, t. IX, 1909, p.301.)

(5) L. FABRY. Sur le tremblement de terre de Provence, 11 juin 1909. (C. R. Acad. des Sc., 12 juillet 1909, p. 170.) - La théorie des tremblements de terre et les récents mouvements sismiques de Provence. (Bull. de la Société scientifique industrielle de Marseille, année 1909.)

(6) J.REPELIN. Rôle des dislocations les plus récentes (post-miocènes) lors du séisme du 11 juin 1909. (C. R. Acad. des Sc., 29 novembre 1909, p. 1023.) - Rôle des dislocations les plus récentes (post-tortoniennes) lors du séisme du 11 juin 1909. (C. R. Acad. des Sc., 21 mars 1909, p. 809.)

J.REPELIN et L.LAURENT. Le tremblement de terre de Provence, 11 juin 1909. (Bull. de la Société de géographie et d'études coloniales de Marseille, t. XXXIII, P. 181.)

(7) Ch. LALLEMAND. Sur les changements du niveau du sol en Provence, á la suite du tremblement de terre du 11 juin 1909.(C. R. Acad. des Sc., 6 juin 1911, p. 1560.)


La présente note est le résumé d'une étude dont j'ai été chargé en juillet 1909, par M. le Général commandant le 15e corps d'armée, lorsque j'appartenais au 7e régiment du génie, en garnison á Avignon, dont une partie fut envoyée sur les lieux du sinistre, pour coopérer aux travaux de sauvetage et démolir des constructions menacant ruine, qui étaient devenues un danger pour la sécurité publique. Cette étude n'a pu paraître jusqu'ici en raison du prix élevé que nécessitait sa publication.

Dans ladite étude, j'ai employé pour la représentation graphique du tremblement de terre la méthode des isoséistes qui consiste á tracer sur une carte, d'après les observations faites, les courbes d'égale intensité sismique. C'est encore celle qui permet le mieux, du moins actuellement, de comparer les effets du séisme á la constitution géologique du sol et d'en déduire quelques conséquences.

Sur une carte de l'Etat-Major au 1/80 000, j'ai reporté, au moyen de indications données par les feuilles Avignon, Arles, Forcalquier et Aix de la carte géologique détaillée de la France au 1/80 000, les contours des grandes divisions géologiques représentées sur ces feuilles: trias, jurassique, crétacé inférieur, crétacé supérieur, éocène, oligocène, miocène, pliocène et quaternaire et distingué par une teinte différente chacune de ces divisions; j'ai également indiqué les failles connues.


Sur cette même carte, j'ai ensuite indiqué pour chaque localité éprouvée (chefs-lieux de commune, hameaux, châteaux, fermes, etc.), par un petit cercle teinté suivant les indications de la légende, le degré d'intensité sismique approximatif déduit des observations faites pendant les quatre-vingt huit journées que j'ai passées sur le terrain ou des renseignements recueillis et j'ai tracé les isoséistes. J'ai également marqué sur cette carte les directions d'ébranlement qui ont pu être déduites ( les dégâts causés aux habitations).

Je me suis servi, pour la détermination de l'intensité en chaque point, de l'échelle de Mercalli en la modifiant légèrement. J'ai supprimé le premier terme qui n'a pas de raison d'être puisque les grands tremblements de terre pouvant être enregistrés par tous les sismographes suffisamment sensibles du globe, l'isoséiste 1 ne peut pas être tracée ; en outre, j'ai intercalé un nouveau terme entre les degrés VII et VIII. La nouvelle échelle est donnée dans la légende de la carte (1).

J'ai limité cette étude á la zone des dégâts aux constructions, c'est-á-dire á la région comprise á l'intérieur de l'isoséiste V. Cette zone a á peu près 60 kilomètres de long sur 30 de large et son étendue est d'environ 1.300 kilomètres carrés.

Je ne puis joindre á la présente note qu'une réduction de la carte dont il vient d'être question. Elle permet néanmoins de se rendre compte du mode de propagation du mouvement sismique, de l'influence de l'âge et de la nature des terrains sur l'intensité ainsi que celle des dislocations. Comme on le voit, le tracé des isoséistes est très compliqué, surtout dans la région épicentrale.

Je ne puis reproduire ici, faute de place, les observations relatives aux effets du tremblement de terre sur les habitations, qui sont données en tous détails dans mon étude pour chacune des communes situées dans la zone des dégâts, ni celles se rapportant au bruit sismique, aux effets du séisme sur les hautes cheminées d'usine, sur les voies de communication et leurs ouvrages d'art, sur le sol, sur les sources et les puits, etc. Je me bornerai á donner ci-après un résumé très succinct de celles qui présentent le plus d'intérêt pour l'interprétation des faits observés (2).

(1) Le savant sismologue japonais Omori a déterminé les degrés d'une échelle rationnelle d'intensité basée sur l'accélération maxima communiquée par un séisme á une particule du sol ou d'un objet ébranlé. Mais cette échelle, qui a l'avantage d'être mieux graduée et plus détaillée que celle de Mercalli, a été établie pour un pays dont les habitations diffèrent beaucoup de celles de nos contrées de telle sorte que je n'ai pu l'utiliser pour le tracé des isoséistes.

(2) Pour la lecture de ce qui suit, il serait utile d'avoir á sa disposition, á défaut de la carte géologique détaillée, la feuille Aix de la carte de l'Etat-Major au 1/80 000, quarts N.-O. et N.-E., la feuille Forcalquier, quarts S.-O. et S.-E. et la feuille Arles, quarts N.-E. et S.-E.


APERCU GEOGRAPHIQUE ET GEOLOGIQUE

La constitution géologique de la région éprouvée par le tremblement de terre, c'est-á-dire celle dans laquelle des dégâts ont été occasionnés aux constructions, peut dans ses grandes lignes se résumer comme il suit :

Entre le Lubéron, vaste anticlinal crétacé, et la vallée de l'Arc qui dans son ensemble peut être considérée comme un grand pli synclinal, se trouvent deux lignes de collines formées par des plis anticlinaux des terrains jurassique et infracrétacé.

La première, en allant du Nord au Sud, constitue la chaîne des Côtes. Elle s'étend de l'Ouest á l'Est, du col de Lamanon au Puy Sainte-Réparade et se divise en trois parties: á l'Ouest, le plateau d'Aurons, au centre les collines de Lambesc et á l'Est les collines de Rognes. Des dépôts plus ou moins étendus de molasse marine miocène, entre autres celui qui constitue la colline de Vernègues, reposent sur l'Infracrétacé qui forme le substratum du plateau d'Aurons et, dans les collines de Lambesc, ce dernier terrain est recouvert en partie par des sédiments oligocènes et miocènes. La chaîne des Côtes est séparée du Lubéron par un pli synclinal longé par la Durance entre Cavaillon et Pertuis; le fond de la vallée est recouvert par les alluvions de cette rivière et le versant de la rive droite est accidenté par des petites collines formées par des sédiments miocènes marins (molasse) et lacustres.

La seconde ligne de hauteurs, qui forme les collines de la Fare, s'étend également de l'Ouest á l'Est, depuis le nord de l'Etang de Berre jusqu'aux environs d'Eguilles.

A l'ouest de cette dernière chaîne, se développent, de Grans á Saint-Mitre, des collines constituées par la molasse marine miocène s'appuyant sur les terrains crétacés. Au delá se trouve la vaste plaine caillouteuse de la Crau qui doit être considérée, au moins pour la plus grande partie, comme formée par les alluvions de la Durance pliocène qui se rendait directement á la mer par le pertuis de Lamanon ; ces alluvions reposent sur la molasse marine.

A la limite nord de la Crau, s'étend de l'Ouest á l'Est la chaîne des Alpines ou Alpilles, qui est la continuation géologique du Lubéron; cette chaîne est prolongée á l'Est par le massif du Déffend formé de Miocène marin replié en anticlinal.

(1) Je me suis surtout servi pour la partie géologique des ouvrages de L. Collot sur la région :

Description géologique des environs d'Aix. Montpellier, 1880.

Plis couchés de la feuille d'Aix. B. S. G. F., 3e série, t. XIX, 1891.

Le Miocène des Bouches-du-Rhône. B. S. G. F., 4e série, t. XII, 1912.


A l'Est de la région éprouvée, entre les rivières de la Durance et de l'Arc, s'élève un petit massif montagneux dont les contreforts occidentaux comprennent la montagne Sainte-Victoire, la chaîne du Gros-Baou et les monts de Concors ; plus au Nord-Est se dresse la montagne de Lingouste. Ce massif est très disloqué; les plissements y ont été très intenses et il existe plusieurs plis couchés, notamment ceux de Sainte-Victoire, du Grand-Sambuc et de Lingouste. Les failles sont nombreuses : il y en a en particulier dans la vallée de Vauvenargues, le long de la crête qui s'étend de France au Grand-Sambuc et á la chapelle Saint-Pierre, ainsi que dans les monts de Concors et de Lingouste (1). L'ossature de ce massif est formée par les terrains jurassique et infracrétacé recouverts irrégulièrement dans les parties nord et sud, par le Crétacé supérieur et l'Eocène lacustres, le Miocène marin et lacustre et par quelques dépôts caillouteux supérieurs.

Le dôme de Lingouste se prolonge, dans la direction du Nord-Ouest, jusqu'au delá de la Durance, par un anticlinal jurassique que cette rivière traverse par la cluse de Mirabeau. Plus au nord et á l'ouest de Beaumont, un autre anticlinal jurassique fait saillie sur les terrains tertiaires environnants.

Dans la partie comprise entre la chaîne des Côtes, les collines de la Fare et le massif montagneux de l'Est, s'est formé, á la suite des mouvements orogéniques considérables qui se sont produits vers la fin de l'Eocène, un pli synclinal dont la partie orientale a été remplie á l'époque oligocène par des sédiments très épais ; ces sédiments se sont déposés dans le lac (lac Sextien) formé sur cet emplacement á la suite de ces mouvements et après l'exhaussement et l'assèchement d'un autre lac qui avait occupé plus au Sud le bassin d'Aix pendant la fin du Crétacé et une grande partie de l'Eocène.

Ce sont ces mouvements orogéniques, contemporains de ceux auxquels est due la surrection des Pyrénées, qui ont déterminé l'allure générale des reliefs actuels (massif montagneux de l'Est, Lubéron, Alpines, chaîne des Côtes, collines de la Fare), les axes des plis étant en moyenne dirigée de l'Ouest á l'Est.

A la suite d'un affaissement général du sol, survenu après l'Aquitanien, la mer a envahi non seulement l'emplacement de l'ancien lac Sextien mais une surface beaucoup plus grande et a déposé des sédiments molassiques composés surtout de grès et de sables plus on moins marneux et de calcaire grossier coquillier.

A la fin du Tortonien la mer miocène s'est retirée et un régime d'abord lacustre puis fluviatile a succédé au régime marin.

L. COLLOT. Plis couchés de la feuille d'Aix, p. l140.


Après l'époque miocène (1), de nouveaux mouvements orogéniques, ayant agi á peu près dans le même sens que ceux de la fin de l'Eocène, mais beaucoup moins énergiques que ces derniers, ont exhaussé le Lubéron, les Alpines, le plateau d'Aurons, les collines de Lambesc, fait surgir les collines de la Trévaresse et celles d'Eguilles et créé entre ces deux chaînons une dépression parallèle á l'Arc oú coule la Touloubre.

Les deux chaînons de la Trévaresse et d'Eguilles se relient topographiquement, le premier avec la chaîne des Côtes les monts de Concors et le second avec les collines de la Fare et la montagne Sainte-Victoire.

Les collines de la Trévaresse sont surtout constituées par des calcaires et des marnes oligocènes recouverts partiellement par des sédiments miocènes marins (molasse) et d'eau douce. Sur le versant Nord, se montre, au milieu des terrains oligocènes, un pointement éruptif formant entre le château de Beaulieu et celui de Cabannes un petit plateau constitué par du basalte et de la dolérite accompagnés de tufs et de scories ; l'éruption s'est produite vers la fin de l'oligocène (2).

Les collines d'Eguilles s'étendent parallèlement á la Trévaresse, et sont formées par des calcaires et des marnes oligocènes avec intercalation de gypse á la partie inférieure.

Le défilé de Lamanon est compris entre la montagne du Deffend, formée de molasse marine miocène plissée en anticlinal et postérieurement affaissée au-dessous du plateau d'Aurons, et un abrupt de calcaire infracrétacé qui limite ce plateau á l'Ouest et domine le col de plus de 200 mètres. Cette dénivellation est évidemment liée á une faille Nord-Sud que masquent les éboulis au pied de la muraille (3).

La partie sud-ouest du plateau d'Aurons, recouverte de molasse de Salon á Aurons, est repliée en anticlinal. Entre Salon et Pélissanne, la molasse se fend sur l'anticlinal et laisse apparaître le Jurassique supérieur, et l'Infracrétacé séparant la molasse du plateau de celle de la plaine. Le contact de ces terrains secondaires et de la molasse qui est au sud, devient une faille qui se poursuit jusqu'au nord-ouest de Lambesc. Cette faille est accompagnée au sud par un anticlinal le long duquel percent les îlots infracrétacés des Birons et des Fédons et qui, en ces derniers points, dégénère

(1) Il s'est peut-être produit quelques mouvements pendant le miocène, mais les mouvements les plus importants sont postérieurs á cette époque. Les dépôts miocènes supérieurs marins et lacustres accompagnent en effet constamment l'oligocène (sauf les dénudations) dans toutes ses flexions et ruptures

(1) L. COLLOT. Description géologique des environs d'Aix-en-Provence, p. 180).

(2) L. COLLOT. Sur les tufs volcaniques de Beaulieu (Bouches-du-Rhône). B. S. G. F, 3e série, t. XVIII, p. 905.)

Ch. Depéret. Note sur l'âge du basalte de Beaulieu, près Aix. (B. S. G. F., 3e série, t. XVIII, p. 911.)

(3) L. COLLOT. Le Miocène des Bouches-du-Rhône, p. 52.


en faille; cet anticlinal passe au Calvaire (au nord de Lambesc) et se poursuit jusqu'au Petit-Saint-Paul (1). La double ligne d'anticlinaux et de failles qui sont au sud du plateau d'Aurons et vont de Salon á Lambesc, ainsi que la brusque élévation de ce plateau du côté de Lamanon, attestent bien des mouvements Post-miocènes (2).

Dans les collines de Lambesc, le lambeau d'oligocène qui recouvre partiellement le crétacé inférieur est en contact par failles avec ce dernier terrain ; ces failles se sont produites entre l'oligocène et la transgression marine miocène (3).

Au pied du versant sud de ces collines, de Libran á Caire, la molasse miocène fortement relevée et en certains points dans une position verticale, dénotant ainsi un mouvement post miocène, est á peu près concordante avec l'infracrétacé suivant la ligne d'affleurement de la surface séparative de ces deux terrains et, en aucun point de cette ligne, le contact ne se fait par faille (4).

Entre Caire et Rognes, les couches miocènes cessent d'être fortement relevées et prennent un léger plongement vers l'Ouest, au pied des collines de Rognes, dont le relief paraît complètement antérieur au miocène (5).

Sur le revers sud de la Trévaresse, règne de Saint-Cannat jusqu'au pied de Venelles, un double pli avec cassures, les deux anticlinaux étant très rapprochés. Le miocène supérieur est relevé jusqu'á la verticale aussi bien que l'oligocène ; il est même quelquefois légèrement renversé sous ce dernier terrain, sensiblement concordant avec lui (6).

Entre la chaîne de la Trévaresse et celle d'Eguilles un petit anticlinal brisé passant par Maliverny et au nord du village de Puyricard traverse obliquement le plateau de la Touloubre (7).

Sur le versant nord des collines d'Eguilles une petite faille passe par la tête nord du tunnel du chemin de fer, un peu au sud de la station de La Calade et s'étend jusqu'á l'ouest de Célony. Plus au sud-est, sur le revers sud de la chaîne et le long des pentes qui dominent la ville d'Aix au nord-ouest, l'oligocène et le miocène ont été abaissés ensemble par un

(1) L. COLLOT. Plis couchés de la feuille d'Aix, p. 11 5 1.-Le Miocène des Bouches-du-Rhône, p. 54.

(2) L. COLLOT. Le Miocène des Bouches-du-Rhône, p. 56.

(3) L.COLLOT. Le Miocène des Bouches-du-Rhône, p. 57.

(4) L.COLLOT. Plis couchés de la feuille d'Aix, p. 1151.- Le Miocè ;ne des Bouches-du-Rhône, p. 58.

(5) L. COLLOT. Le Miocène des Bouches-du-Rhône, p. 62.

(6) L. COLLOT. Description géologique des environs d'Aix-en-Provence,p. 180. - Le Miocène des Bouches-du-Rhônes, p. 103.

(7) L. COLLOT. Description géologique, p. 181.


mouvement plus important; cette flexion a dégénéré en faille au nord d'Aix et cette fracture a fait descendre les couches miocènes et oligocènes sous la ville. Les deux accidents ci-dessus sont parallèles á la Trévaresse (1). La chaîne des Alpines est traversée de part en part, dans le sens de sa longueur, par une faille qui aux deux extrémités disparaît sous le miocène. Une autre faille met en contact au nord de Mouries l'infracrétacé avec le crétacé supérieur; elle se perd sous les éboulis á l'ouest et sous les alluvions á l'est. Enfin deux autres petites failles, celles d'Aureille et d'Eyguières limitent les calcaires jurassiques des contreforts des Houpies et du MontMenu (2).

- Quant au Lubéron, il porte aussi les traces des deux efforts orogéniques principaux qui se sont produits á la fin de l'éocène et après le miocène; le premier, suivi dérosions; a permis á la mollasse de se déposer en terrains infracrétacés et le second a redressé toutes les assises miocènes (3).

INTERPRETATION DES FAITS OBSERVES

Il résulte des observations faites qu'en dehors des affaissements tout á fait locaux, survenus dans quelques terrains peu consistants et dans les remblais, notamment dans ceux des voies de communication, il ne s'est produit nulle part de dénivellation permanente du sol, soit par exhaussement ou affaissement de terrain, soit par production de failles. Si des failles ont rejoué ce ne peut être qu'en profondeur, car elles n'ont laissé aucune trace visible á la surface du sol.

La répétition des nivellements de précision antérieurement exécutés dans la région, effectuée par le Service du Nivellement général de la France, a d'ailleurs montré que dans l'ensemble le sol de la Provence n'avait subi du fait du séisme aucun changement appréciable d'altitude (4).

Des crevasses et des fissures se sont formées dans le sol en plusieurs endroits, principalement au bord d'escarpements, de fossés, de cours d'eau, de canaux, de talus, ou dans des remblais de voies de communication. En plusieurs points des blocs volumineux se sont détachés des escarpements, et ont roulé en bas des pentes. Mais tous ces phénomènes n'étaient que superficiels; ils n'ont été que des effets locaux du tremblement de

(1) L. COLLOT. Description géologique, p. 180. - Le Miocène des Bouches-du-Rhône, p. 103.

(1) Notices explicatives des feuilles 222, Avignon, et 234, Arles, de la carte géologique détaillée de la France. Paris.

(1) Notice explicative de la feuille 223, Forcalquier, de la carte géologique détaillée de la France. Paris, 1893,.

(1) Ch. LALLEMAND. Sur les changements du niveau du sol en Provence á la suite du tremblement de terre du 11 juin 1909.


terre, analogues á la destruction des édifices ou á la production de crevasses dans les murs et non la manifestation, á la surface du sol, de modifications profondes de l'écorce terrestre. Ils n'ont donc aucune importance au point de vue de la genèse du séisme.

Les communes les plus éprouvées : Lambesc, Saint-Cannat, Rognes, Puy-Sainte-Réparade, Venelles, Aix (partie nord), la Barben. Pélissanne, sont situées dans la dépression comprise entre le massif des Côtes et les collines de la Fare, ainsi que dans la chaîne de la Trévaresse qui, après le miocène, est venue barrer la partie orientale de cette dépression. La ville de Salon, oú les dommages ont été également très sérieux, se trouve á l'issue ouest de cette région déprimée.

On remarque également que ce sont les localités bâties sur les terrains tertiaires et quaternaires qui ont le plus souffert; celles établies sur les terrains secondaires ont été en général beaucoup moins atteintes. D'une manière générale, les édifices construits sur des roches solides, telles que les calcaires compacts, ont beaucoup mieux résisté que ceux reposant sur des terrains moins consistants.

La partie de la ville de Salon qui a le plus souffert est celle qui est bâtie sur des éboulis. De même, la partie sud de Pélissanne, construite sur les alluvions de la Touloubre, a été beaucoup plus atteinte que la partie nord dont les maisons fondées sur la molasse calcaire coquillière dure ont été relativement épargnées.

Le haut du village de Meyrargues, qui repose sur le calcaire compact infracrétacé, a été bien moins maltraité que la partie basse établie sur des alluvions ou des tufs calcaires. Il en a été de même á Alleins et á Eyguières, oú les immeubles élevés sur les mêmes calcaires n'ont presque pas eu de dommages alors que ceux des quartiers bas, édifiés sur des éboulis, ont été sérieusement atteints.

La plupart des localités situées dans le massif des Côtes, sur le plateau á l'est de Lançon, dans les monts de Concors, construites aussi sur le calcaire infracrétacé, ont été relativement peu éprouvées ou ont même été épargnées. Les constructions établies sur le petit plateau infracrétacé au sud et á l'est de Lambesc et sur la bande de calcaire du même âge qui se trouve au nord-ouest de ce bourg, ont un peu plus souffert; mais il y a lieu de remarquer qu'elles se trouvent dans la région épicentrale. En tout cas elles ont été moins endommagées que celles situées dans leur voisinage et bâties sur les autres terrains.

La gravité des dommages subis par Suffrechoix, le château de La Barben et les quelques maisons qui se trouvent á l'ouest de ce château et qui reposent aussi sur le calcaire infracrétacé, tient sans doute á l'influence de causes spéciales (voisinage probable d'accidents tectoniques, site de ces constructions élevées sur des hauteurs).

Il est évident qu'il est très difficile de faire la part des divers facteurs qui influent sur la production des dégâts et par suite sur l'intensité de la secousse dans les différents terrains. Quoi qu'il en soit, il semble bien résulter des constatations faites que la nature géologique du sol, et notamment le degré de cohésion des roches, a une influence manifeste sur l'importance des dommages et que, toutes autres choses égales, l'intensité sismique a été moindre sur les terrains solides que sur ceux moins consistants. Cela ne fait d'ailleurs que confirmer les observations déjá faites lors de la plupart des tremblements de terre.

On a beaucoup discuté sur l'influence de l'altitude relative au point de vue de la gravité des dommages. Il ne paraît pas que l'altitude ait une grande importance pour des constructions établies sur un plateau d'une certaine étendue, mais il n'en est plus de même pour les édifices élevés au sommet d'une hauteur isolée, d'un mamelon, ou sur une colline allongée et étroite, car les observations faites montrent bien que les constructions se trouvant dans de telles conditions ont été plus éprouvées que celles situées au pied des hauteurs envisagées. C'est ainsi que Venelles, Mallemort, le Vieux-Miramas, perchés sur des mamelons, Cornillon bâti á l'extrémité d'une longue crête étroite, ont plus souffert que les localités avoisinantes en contrebas.

Les habitations construites á flanc de côteau ont aussi plus souffert en général que celles établies en terrain plat. C'est le cas, en particulier, de Rognes et de Vernègues. A Rognes presque toutes les maisons bâties sur les pentes du Foussa ont été ruinées alors que celles situées dans la partie basse ont été beaucoup moins maltraitées. Il en a été de même á Vernègues oú les maisons sises á l'ouest du château, sur un terrain relativement peu incliné, ont été fortement endommagées, mais n'ont pas été démolies.

Pour ces deux localités, l'aggravation des dommages, dans les maisons disposées en amphithéâtre, peut s'expliquer en partie par la vétusté des habitations, les vices de construction, le défaut ou l'insuffisance des fondations, la nature du sol. Néanmoins il sera prudent, en pays á tremblements de terre, de ne pas construire á flanc de côteau, surtout s'il s'agit d'une colline isolée et si le terrain est peu consistant.

Enfin, les crevasses et les éboulements qui se sont produits á la partie supérieure de pentes abruptes (plateau de Manivert, Rognes, Vernègues, etc.) montrent le danger qu'il y a á établir des constructions au bord des escarpements.

Si l'on se place maintenant au point de vue de la répartition des localités sinistrées, on remarque que celles qui ont subi le maximum de désastres sont en général alignées suivant certaines lignes droites et constituent des zones étroites de part et d'autre desquelles la gravité des dommages diminue rapidement.

Une première série de ces zones, presque parallèles entre elles, se trouve dans la partie ouest de la région épicentrale, entre Rognes, Saint-Cannat et Salon.

L'une d'elles, bien marquée par la forme de l'isoséiste 8 et dans laquelle l'intensité sismique a été en décroissant de l'Est vers l'Ouest, s'étend de la Chapelle-Saint-Marcelin (au nord-ouest de Rognes) jusqu'aux ruines de la Penne (au nord-est de Pélissanne) ; elle coïncide avec la faille post-miocène qui borde au Sud le plateau d'Aurons et l'anticlinal en partie brisé qui l'accompagne plus au Sud et se poursuit en passant un peu au nord de Lambesc jusqu'au Petit-Saint-Paul. Cette zone se prolonge vers l'Ouest, mais avec une intensité moindre, au delá de Salon, jusqu'á Merle et Regarde-Venir. Les localités de cette zone les plus dévastées sont celles situées vers son extrémité Est : Petit-Saint-Paul, La Chapusse, Bois-Vert, la Pomme, Lambesc, Champ-Vert (degré d'intensité 9 á 9 1/2).

De cette zone se détache vers les Birons une petite bande de localités assez fortement éprouvées, qui est également bien marquée par les isoséistes 8 et 7; elle s'incline d'abord vers le Sud jusqu'au chef-lieu de la commune de la Barben(1), se dirige ensuite vers l'Ouest, parallèlement á la zone précédente en passant un peu au sud de Pélissanne et se prolonge jusqu'á Grans, mais avec une intensité plus faible.

Au pied du versant sud des collines de Lambesc, se développe, de Caire á Garachon, une autre zone, bien marquée aussi par la forme des isoséistes 8 et 7 et sensiblement parallèle á la grande zone précédente et á la ligne d'affleurement de la surface séparative de l'infracrétacé et du miocène. C'est encore dans la partie Est de cet alignement que l'intensité a été maximum (Janet, Tour de Janet, Caire : degré 8 1/2 á 9 1/2).

Une bande rectiligne, également parallèle aux précédentes, mais dans laquelle l'intensité a été beaucoup moindre (entre les degrés 6 et 7) s'étend au pied du versant Nord du plateau d'Aurons et des collines de Lambesc, d'Alleins au sud de Lauris.

Enfin une zone, dont la direction se rapproche de celle des zones qui viennent d'être citées, court de Grand-Croignes (á l'ouest de Saint-Cannat) jusqu'á Rognes. C'est dans cette partie de la région épicentrale que l'intensité sismique paraît avoir atteint son maximum : Grand-Croignes, les Ponnes, Val-Dernier, Saint-Suffren, la Curnière, Concernade, la Javie, (Grand-Saint-Paul, la Reynière (degré 9 á 9 1/2 et peut être plus en certains points).

Dans le massif des Côtes, se trouve au sud-ouest de la Roque-d'Anthéron, sur le lambeau d'oligocène recouvert en partie par la mollasse marine,

(1) Le chef-lieu de la, petite commune de la Barben n'est plus á l'endroit marqué sur la carte de l'Etat-major, c'est-á-dire près du château du même nom, mais se trouve á 2 kilomètres á l'est de Pélissanne et comprend plusieurs hameaux voisins : les Caires, les Feissiniers, la Savonnière, etc.


qui est en contact par faille avec le calcaire infracrétacé, un groupe de localités pour lesquelles l'intensité a atteint le degré 8.

Dans la partie Est de la région épicentrale, une zone dans laquelle l'intensité a par endroits atteint le degré 9 et même 9 1/2 (les Ponnes, Grand-Croignes, Venezy, Saint-Cannat, l'Arnaude, les Décanis, Collavery) s'observe sur le revers Sud de la Trévaresse. Elle s'étend de la ferme des Ponnes jusqu'auprès de Venelles et est parallèle á la direction générale de la chaîne et aux cassures qui existent sur son revers Sud. Les localités les plus endommagées sont situées dans la partie Ouest et il y a lieu de remarquer que celles qui se trouvent á la rencontre de cet alignement et de celui qui va de Grand-Croignes jusqu'á Rognes ont toutes été très fortement atteintes.

Sur le versant Nord de la Trévaresse, on observe du sud-est de Rognes au nord-ouest de Meyrargues une bande de localités fortement endommagées dont la direction est encore á peu près parallèle á celle de la zone Chapelle-Saint-Marcelin-Lambesc-Ruines de la Penne-Salon-Regarde-Venir. Les points les plus atteints sont au centre : les Ardouins, Ribière, l'Eglise-Vieille, Rousset (degré d'intensité 9 á 9 1/2). Au Sud de la partie Ouest de cette zone se trouvent, au voisinage de la masse basaltique de Beaulieu, un certain nombre de localités fortement éprouvées : Dupail, Olivary, Cabannes, Saint-Gilles, la Coste, les Carias, Milhaude, Conil, Tournefort (degré 8 á 9).

Les villages de Vernègues et de Venelles, qui ont été le premier entièrement ruiné, et le second fortement éprouvé, sont tout á fait isolés au milieu de localités beaucoup moins atteintes. Comme il a été dit précédemment, la ruine de Vernègues est sans doute due á son site, á la vétusté et aux vices de construction des habitations ainsi qu'á la nature du sol. Quant á Venelles, la gravité des dommages causés paraît également devoir être attribuée á sa situation au sommet d'un mamelon assez élevé et au mauvais état des constructions.

En résumé, c'est surtout dans la partie Est de la région dévastée par le tremblement de terre que se sont produits les plus forts dommages. En se reportant á l'échelle d'Omori (1), on voit, d'après les observations faites dans les localités les plus éprouvées de la région épicentrale, que l'accélération maximum a dû atteindre et même dépasser 2.000 millimètres par seconde au carré.

Il résulte de ce qui précède que, comme l'a déjá fait observer M. W.H. Hobbs.(2) á la suite de son étude sur le tremblement de terre de Calabre du 8 septembre 1905, les dommages ne décroissent pas autour d'un point ou

(1) Voir Comte DE MONTESSUS DE BALLORE. La Science séismologique, p. 101, t. 333.

(1) Voir Comte DE MONTESSUS DE BALLORE. La Science séismologique, p. 106 , 445 et suivantes.


d'une aire plus ou moins limitée, mais sont le plus souvent localisés sur d'étroites zones de part et d'autre desquelles leur gravité diminue rapidement. En outre, ces zones trahissent une relation avec des accidents tectoniques connus ou avec la direction des lignes d'affleurement des surfaces séparatives de terrains différents.

L'aggravation des dommages; le long des contacts de terrains de nature et surtout de cohésion très différentes, en dehors de failles existantes, peut s'expliquer par le changement qui se produit dans le mode de propagation de l'ébranlement au passage d'un terrain dans l'autre. Les deux terrains ne vibrant pas synchroniquement auraient une tendance á se séparer; cette tendance serait encore accrue par les réflexes qui se produisent sur les terrains résistants.

Mais ce sont surtout les failles qui paraissent avoir sur la répartition des dommages et par suite sur celle de l'intensité sismique une influence prépondérante. Comment agissent-elles ?

M.Harboe(1) émet l'hypothèse que les ondes sismiques propagées au sein des couches terrestres prennent simultanément naissance le long des accidents géologiques profonds ou lignes focales, dont un changement d'équilibre a causé le tremblement de terre ou en a accompagné la production. Si donc ces couches ne sont pas trop hétérogènes et le terrain pas trop accidenté, les ondes se propageront isochroniquement de part et d'autre de chaque ligne focale profonde; la projection sur la surface terrestre de celle-ci, ou la ligne épifocale, sera par suite située á égale distance des homoséistes le long desquelles le tremblement de terre aura été ressenti aux mêmes instants et ces homoséistes, parallèles entre elles, se correspondront deux á deux. Le mouvement sismique émanerait donc simultanémeut des lignes épifocales couvrant la plus grande partie de l'aire d'ébranlement au lieu de s'irradier d'un point comme dans l'ancienne conception de l'épicentre.

M.Hobbs (2) ayant constaté que les dégâts produits par le tremblement de terre de Calabre du 8 septembre 1905, au lieu de décroître d'importance á partir d'un point, se limitaient á d'étroites zones marquées de part et d'autre des dislocations connues et remarqué que, dans beaucoup de pays, les lignes joignant les principaux centres d'instabilité reflétaient exactement les directions tectoniques du relief, attribue la production des tremblements de terre aux efforts de réajustement, le long de leurs surfaces de séparation, des blocs de la marquetterie terrestre; ces blocs tendraient á reprendre leur état d'équilibre rompu par le jeu des forces géologiques.

(1) Voir Comte DE MONTESSUS DE BALLORE. La Science séismologique, p. 101 , t 33

(1) Voir Comte DE MONTESSUS DE BALLORE. La Science séismologique, p. 106 , 445 et suivantes.


Le même auteur pense que l'énergie sismique développée se concentre le long de ces accidents-limites, ce qui expliquerait la gravité des dégâts occasionnés aux lieux habités situés á proximité.

Les lignes tectoniques formeraient ainsi des réseaux et leurs sommets seraient le siège de la plus grande intensité sismique parce que le mouvement y arriverait simultanément par les deux accidents qui s'y coupent ; les points les plus dangereux d'une région se trouveraient par suite aux intersections des lignes tectoniques. Ces réseaux remplacent donc ici les lignes focales hypothétiques de M. Harboe.

Avec ces deux auteurs, je suis amené á penser qu'en ce qui concerne les tremblements de terre tectoniques, tout au moins ceux dus á un mouvement vertical, l'énergie sismique provenant du foyer, pris dans son sens large - plan de faille dans le cas du déplacement relatif le long de ce plan de deux compartiments de l'écorce terrestre; compartiment terrestre entrant en mouvement par rapport á ses voisins; couches comprimées par des efforts latéraux et éprouvant une décompression plus ou moins brusque, etc. - se concentre le long des plans de faille par suite du frottement causé par le glissement des compartiments. Les ondes longitudinales et transversales produites, en arrivant á la surface, engendrent le long des lignes épifocales (traces des failles sur le sol ou leurs projections si elles sont cachées par des couches plus ou moins épaisses) des ondes superficielles se propageant parallèlement á ces accidents et provoquant de part et d'autre des dégâts aux constructions ; par suite de la décroissance de l'intensité avec la distance, ces dégâts s'éteignent plus ou moins rapidement suivant la nature du sol. Il n'y aurait donc pas á proprement parler d'épicentre, mais une ou plusieurs lignes épifocales le long desquelles l'énergie sismique serait maximum. L'ensemble de ces lignes constituerait la région épicentrale.

Cette conception expliquerait pourquoi, dans deux localités de la région épicentrale, relativement peu éloignées l'une de l'autre, les directions d'ébranlement observées sont parfois très différentes. Cela proviendrait de ce que les ondes superficielles, émanant de lignes épifocales différentes pour chacune des deux localités, la direction initiale n'est pas la même ; la direction d'ébranlement en chaque point varierait en outre rapidement pendant la durée de la secousse par suite de la composition des mouvements provenant d'autres parties de la région épicentrale.

On aurait aussi la raison pour laquelle, dans un même édifice, des têtes de cheminées, des piliers en maçonnerie, des ornements fixés ou maçonnés, sont souvent, renversés dans des directions diverses : ces objets peuvent en effet n'être qu'ébranlés au moment du choc initial et n'être démolis qu'á des phases ultérieures différentes de l'ébranlement pour lesquelles la direction d'oscillation n'est pas la même.

On aurait également l'explication des soi-disants mouvements rotatoires ou tourbillonnaires signalés lors de nombreux tremblements de terre et notamment celui du 11 juin 1909 : la perception, par les observateurs d'une sorte de mouvement de rotation résulterait de la succession très rapide de mouvements en différents sens.

Le déplacement d'objets lourds, tels que piliers, piédestaux, balustres, etc., ayant tourné d'un certain angle sur eux-mêmes sans subir le plus souvent de mouvement de translation notable, ou celui de la partie supérieure de ces objets par rapport á leur partie inférieure, qui semblent confirmer l'existence de ces mouvements rotatoires, peut être également attribuée á la variation rapide de la direction d'ébranlement et aussi, comme l'a montré Fouqué (1), á ce qu'un objet incomplètement fixé adhère plus particulièrement á sa base en un point qui ne se trouve pas sur la verticale de son centre de gravité; la composante horizontale du choc subi par ce corps le fait tourner autour de son point d'adhérence.

Mais si l'on peut admettre qu'il existe une relation de cause á effet entre la disposition en zone rectiligne et étroite de localités gravement atteintes et une faille connue dont la direction coïncide avec celle de cette zone, on ne peut par contre, pour expliquer la gravité des dommages causés, conclure á la présence d'une faille s'il n'en a pas été reconnue sur le terrain. La production de ces dommages peut en effet tenir á d'autres causes.

Comme parmi les zones de dégâts maxima mentionnées précédemment, il n'y a que celles qui s'étendent du nord de Pélissanne á Lambesc, de Saint-Cannat á Venelles et au sud-ouest de la Roque-d'Anthéron, qui soient en relation avec des failles connues, il serait nécessaire, pour s'assurer si l'hypothése émise ci-dessus est conforme á la réalité, d'avoir des données plus complètes sur les dislocations de la région.

On a vu précédemment que les mouvements orogéniques de la fin de l'Eocène avaient plissé et disloqué les terrains secondaires formant le substratum de la région qui a été le siège du tremblement de terre et les couches éocènes qui les recouvraient en partie ; il est donc possible qu'ils aient produit dans ces terrains des failles qui sont aujourd'hui masquées par les sédiments post-éocènes. Plus tard, á l'époque oligocène, le basalte de Beaulieu est venu au jour soit par des fentes préexistantes, soit par de nouvelles fractures. Enfin, après le Miocène, toute la région a été de nouveau plissée et disloquée et c'est de cette époque que date la surrection des chainons de la Trévaresse et d'Eguilles.

Il est donc á présumer qu'il existe dans la région épicentrale des failles arrivant jusqu'á la surface du sol et qui n'ont pas encore été reconnues ou des failles masquées par des dépôts post-éocènes de plus ou moins grande épaisseur; cette présomption se change en quasi-certitude pour le versant

(1) Fouqué, Les tremblements de terre. Paris, 1888, p. 55.


nord de la Trévaresse en raison de l'éruption volcanique de Beaulieu; la cheminée se trouve peut-être á un croisement de failles.

Il y aurait donc lieu, pour établir d'une façon plus complète les relations qui existent entre les effets produits par le séisme et la tectonique de la région, de rechercher s'il n'existe pas de failles intéressant les parties est et ouest de la zone Chapelle-Saint-Marcelin-Lambesc-Salon-Regarde- Venir; les zones de la Barben-Pélissanne-Grans; Alleins-Lauris; Grand-Croignes-Rognes; sud-est de Rognes-nord-ouest de Meyrargues. Il serait également intéressant d'étudier au point de vue dislocations la partie de la Trévaresse voisine de la coulée basaltique de Beaulieu, ainsi que la partie du massif infra-crétacé comprise entre le château de Bonrecueil et la Touloubre et sur laquelle sont situés Suffrechoix et le château de La Barben. Malheureusement, la recherche des failles, surtout de celles qui sont masquées, n'est pas toujours aisée; elle nécessiterait d'ailleurs, pour ces dernières, des travaux importants que l'on n'entreprendra probablement jamais.

Dans l'hypothèse émise précédemment, on a supposé que les ondes superficiefles émanant des lignes épifocales se propageaient de part et d'autre de ces lignes et parallèlement á leur direction. Il conviendrait donc de s'assurer si les directions d'ébranlement qui ont été observées dans les localités situées dans les différentes zones de dégâts maxima et dans celles qui se trouvent dans le voisinage de ces zones se rapprochent de la perpendiculaire á la direction des failles ou, pour les zones dans lesquelles il n'a pas été reconnu de failles, á la direction de ces zones. Mais pour faire cette constatation d'une façon sûre il faudrait disposer d'un assez grand nombre d'observations suffisamment précises. Or il n'est guère possible d'utiliser les renseignements relatifs á la direction d'ébranlement donnés par les habitants des petites localités, car le plus souvent ils ne concordent pas; ces divergences entre les directions observées n'ont d'ailleurs rien d'étonnant étant donnée la complexité du mouvement sismique. D'autre part, il n'est pas toujours facile, comme on va le voir, de se rendre compte de la direction d'ébranlement d'après les dégâts occasionnés aux constructions.

Ce qu'il serait surtout utile de connaître en chaque point c'est la direction initiale de la secousse.

Le sens de la chute d'un objet situé en dehors des habitations (1) et simplement posé, par exemple une boule ou un vase placé sur un pilier en

(1) Les observations faites á l'intérieur des habitations sont, en général, faussées par suite de la modification du mouvement d'oscillation par la direction des façades, les mouvements obliques á ces façades étant transformés le plus souvent en balancements perpendiculaires ou parallèles aux murailles principales du bâtiment (Forel.).


maçonnerie, indique nettement la direction initiale de la secousse, l'objet étant projeté du côté d'oú vient le choc. Mais si cet objet est fixé ou maçonné, le sens de sa chute n'indique pas forcément la direction initiale; il peut se faire, en effet, que cet objet ne soit qu'ébranlé au moment du premier choc et qu'il ne soit renversé ou brisé qu'á une phase ultérieure de la secousse, alors que la direction d'ébranlement a déjá changé.

En ce qui concerne les dégâts occasionnés aux habitations, seules les maisons isolées, surtout celles de forme carrée ou ronde, peuvent donner des indications utiles au sujet de la direction d'ébranlement. Mais les dégâts causés peuvent très bien ne pas résulter uniquement du choc initial, mais être en quelque sorte la résultante des effets sur le bâtiment du mouvement oscillatoire pendant ses diverses phases. Il y a lieu, en outre, de remarquer que pour le séisme du 11 juin 1909 les dommages ont été non seulement causés par la secousse principale de 9 h 16' du soir, mais encore par la seconde secousse de 9 h. 40' du soir; la direction initiale d'ébranlement en chaque point de la région épicentrale pour cette seconde secousse n'a certainement pas été partout la même que pour la première.

Comme, d'autre part, l'erreur que l'on peut commettre dans la détermination de la direction d'ébranlement, d'après l'examen des dommages occasionnés aux édifices, même en supposant que cette direction ait été unique, peut facilement atteindre 25 á 30 degrés de part et d'autre de la direction vraie, on voit que l'on ne peut tirer de l'examen des dégâts que des conclusions peu précises au sujet de la direction initiale de la secousse.

Si l'on peut encore déduire d'une façon approchée la direction du choc, il est souvent difficile d'en déterminer le sens, c'est-á-dire de démêler, par exemple, s'il a été dirigé du Nord au Sud ou inversement du Sud au Nord.

Enfin, les observations qu'il est nécessaire de faire demandent beaucoup de temps. Je n'ai donc pu, pour ces diverses raisons, obtenir la direction d'ébranlement et seulement d'une façon approchée que pour un nombre assez restreint de localités. Je vais néanmoins utiliser les données dont je dispose pour examiner quelles ont été, par rapport á la direction des zones de dégâts maxima, les directions d'ébranlement observées.

Zone Chapelle-Saint-Marcellin-Lambesc-Ruines de la Penne-Salon- Regarde-Venir.

- Dans la partie Est de cette zone, á la Chapusse, la direction de la secousse a été á peu près Sud-Nord ; á Bois-Vert, elle paraît avoir été comprise entre S. E.-N. O. et E. S. E.-O. N. O. Cette direction a été approximativement S. E.-N. O. á la Pomme, mais á Aiguebelle le choc paraît avoir été dirigé en sens inverse N. O.-S. E.

Dans le bourg de Lambesc, il semble que la secousse soit venue du N. N. E.

A Bagatelle, au Canet, ce sont les murs de façade exposés au Sud qui ont le plus souffert.


Dans cette partie de la zone, la direction du choc s'est donc rapprochée de la perpendiculaire á la direction de la zone. On peut donc se demander si l'ébranlement initial ne serait pas parti d'une ligne coincidant á peu près avec l'anticlinal qui va de Petit-Saint-Paul jusqu'au bord sud du plateau d'Aurons, et passant au sud de la Chapusse, de Bois-Vert et de la Pomme, au nord d'Aiguebelle et de Lambesc et au sud de Canet. Mais étant donné le nombre relativement restreint des observations faites, leur défaut de précision et l'incertitude dans laquelle on s'est souvent trouvé pour la détermination du sens de la direction d'ébranlement, cette déduction ne doit être considérée que comme une simple conjecture.

Les observations font défaut pour la partie centrale de la zone, mais plus, au Nord, á Aurons et á Vernègues, la secousse aurait été ressentie suivant la direction approximative S. E.-N.O.

En ce qui concerne la partie Ouest, d'après les renseignements qui m'ont été donnés, l'ébranlement se serait fait sentir á Salon d'abord, suivant la direction Sud-Nord, puis suivant celle Est-Ouest. A Pascalis (château du Merle), c'est le mur de façade Sud qui a le plus souffert, puis le mur Nord. A Regarde-Venir, á la Leydette, c'est sur les façades Sud que les planchers se sont disjoints des murs. A la Poitevine (la Beauprête), ce sont les façades Sud et Nord qui ont été le plus éprouvées. Les quelques observations faites indiqueraient donc une direction d'ébranlement á peu près perpendiculaire á la direction de la zone.

Zone la Barben-Pélissanne-Grans.

- Dans la partie Sud du bourg de Pélissanne, l'examen des dommages occasionnés aux constructions a montré que la composante Nord-Sud de la secousse avait dû étre prépondérante. A la Barben, á Grans, et plus au Sud, á Cornillon et á Lançon, la secousse aurait été surtout ressentie suivant la même direction. La direction d'ébranlement a donc été aussi á peu près perpendiculaire á la direction de la zone.

Il y a lieu de remarquer que les directions d'ébranlement dans cette zone et dans la précédente, sensiblement les mêmes, ont dû s'influencer mutuellement.

Zone Caire-Garachon.

- A Caire, la direction de la secousse a été á peu près Sud-Nord ou Nord-Sud, mais dans la partie Ouest de la zone elle a été comprise entre Est-Ouest et S. E.-N. O. Dans cette dernière partie de la zone, les directions d'ébranlement observées s'éloignent donc beaucoup de la perpendiculaire á sa direction. Les renseignements font défaut pour la partie centrale.

Comme il n'existe pas de faille le long du pied des collines de Lambesc, de Libran á Caire, et que la mollasse miocène, sensiblement concordante avec le calcaire compact infracrétacé, est fortement relevée et atteint en


certains points la verticale, il est possible que la gravité des dommages causés dans cette zone soit due au contact de ces deux terrains de cohésion très différente et á la réflexion des ondes sismiques venues du Sud-Est sur le calcaire infracrétacé plus résistants Les directions d'ébranlement observées dans la partie Ouest de la zone tiennent, peut-être aussi, á cette dernière cause.

Zone Grand-Croignes-Rognes.

- Entre Grand-Croignes et la Curnière, la direction de la secousse a surtout été comprise entre le N. O.-S. E et le N.-N. O.-S.-S. E.; elle a donc été á peu près perpendiculaire á la direction de la zone.

Zone Alleins-Lauris.

- Pour Charleval, l'examen des dommages causés semble indiquer, que la secousse a été dirigée approximativement S. S. E.-N. N. O. D'après les renseignements recueillis, l'ébranlement aurait été ressenti á Alleins suivant la direction S. E.-N. O. et á Lauris suivant celle S. S. O.-N. N. E. La direction d'ébranlement se serait donc rapprochée de la perpendiculaire á la direction de la zone.

Zone Saint-Cannat-Venelles.

- Pour Saint-Cannat, il n'a pas été possible de préciser la direction de la secousse; d'après les renseignements qui m'ont été donnés cette direction aurait fortement varié pendant la durée de l'ébranlement mais elle paraît avoir été comprise entre N.O.S.E. et N. E.-S.O.

A l'Audrone, á Beaupré, et plus au Sud, á la Bargemone et au Grand-Pont, le choc a été dirigé approximativement suivant la direction Nord-Sud.

Dans la partie Ouest de la zone, les quelques directions d'ébranlement observées paraissent donc avoir été á peu près perpendiculaires á la direction de la zone.

Dans la partie Est, les directions observées sont beaucoup plus compliquées.

Au Grand-Saint-Jean, les dégâts causés paraissent indiquer une direction comprise entre N.O.-S. E. et N. N. O.-S. S. E.; á Brégançon et á Maoule il semble que la secousse soit venue de l'E.-S. E.

A la Fauchonne, á Gaëtan, la direction du choc s'est rapprochée de la ligne Nord-Sud, tandis qu'un peu plus au Sud, á Sainte-Croix, á Saint-Simon, la secousse paraît s'être fait sentir en sens inverse Sud-Nord. Ce changement de sens tient peut-être á la présence de la petite faille de Maliverny de part et d'autre de laquelle se trouvent des localités oú l'intensité a presque atteint le degré 8.

Un peu au Sud de la zone Saint-Cannat-Venelles, dans un petit groupe de localités situées aux environs de Pontès, qui ont toutes été assez éprouvées (degré 8), les directions d'ébranlement observées divergent autour


d'une ligne orientée sensiblement N. O.-S. E. et semblent indiquer une influence locale.

Zone Sud-Est de Rognes-Nord-Ouest de Meyrargues.

- Dans la région du Puy Sainte-Réparade ce sont les façades Sud et Nord des maisons qui ont été renversées ou qui ont été le plus dégradées. Au château d'Arnajon, au Puy Sainte-Réparade, aux Goirands, aux Crottes, aux Rolins, á Descalis, á Rousset, á la Sablière, á Brest, á Dégaget, aux Campanets, la secousse parait être venue du Sud ou du S. S. E. Pour l'Eglise-Vieille, Papety, Raphel , la ferme qui se trouve entre les Thérics et les Danjauds, la direction d'ébranlement a été sensiblement la même que pour les localités précédentes, mais il n'a pas été possible d'en déterminer le sens. A Danne , le choc semble avoir été dirigé du N. N. O. au S. S. E.

La forme très nette des isoséistes dans la partie Est de la zone et les directions d'ébranlement observées, compte tenu de l'incertitude qui règne sur le sens indiqué, conduisent á penser que cette zone a été le point de départ d'un ébranlement qui s'est propagé vers le Nord et vers le Sud et aussi vers l'Est dans la vallée de la Durance; il y aurait donc lieu de rechercher s'il n'existe pas sur cet emplacement un accident tectonique. En tout cas, on ne peut admettre que les dommages considérables existant dans cette zone aient été causés par l'ébranlement venu du revers Sud de la Trévarese; il y a certainement eu lá une influence locale.

Au Sud de la partie Est de cette zone, á Fons-Colombes et á Vauclaire, la secousse paraît avoir été orientée S. S. E.-N. N. O., á L'Espougnac cette direction aurait été sensiblement la même tandis que plus au Sud, á Font-Cuberte et dans les fermes de Jacquemus et du Ménage-Neuf, le choc se serait fait sentir en sens inverse. Il semble donc qu'il y ait eu aussi, entre ces deux groupes de localités, une ligne d'ébranlement initial, á peu près parallèle á la précédente et se prolongeant peut-être vers l'Ouest jusqu'au Sud de Cabannes et d'Olivary.

Petite zone au Sud-Ouest de la Roque-d'Anthéron.

- L'examen des dégâts occasionnés á la chapelle Sainte-Anne-de-Goiront a montré que la direction de la secousse avait dû être en ce point N. O.-S. E. ou S. E.-N. O. A la Roque-d'Anthéron, cette direction parait s'être rapprochée de l'orientation S. E.-N. O.

En résumé, on voit qu'en ce qui concerne les zones chapelle Saint-Marcelin-Lambesc-Ruines de la Penne-Salon-Regarde-Venir; la Barben-Pélissanne-Grans; Allims-Lauris; Grand-Croignes-Rognes; Sud-Est de Rognes-Nord-Ouest de Meyrargues et la partie Ouest de celle Saint-Cannat-Venelles, les directions d'ébranlement paraissent, d'une manière générale, s'être rapprochées de la perpendiculaire á la direction des failles ou des zones. Mais les observations faites ne sont ni assez nombreuses ni assez précises pour qu'on puisse affirmer qu'il existe, pour chacune des zones ou portions de zones précédentes, une ou plusieurs lignes - lignes épifocales de l'hypothèse - des deux côtés desquelles la direction du choc initial aurait été de sens contraire tout en restant á peu près normale á la direction de ces lignes.

De toutes les considérations qui précèdent il résulte donc que, s'il existe de sérieuses présomptions pour que l'on soit amené á penser que les choses se sont passées comme on l'a supposé dans l'hypothèse émise précédement, il n'est pas possible, dans l'état actuel de nos connaissances sur les dislocations de la région et en raison de l'insuffisance des données sur les directions d'ébranlement, de s'assurer qu'il en a été réellement ainsi. Ce n'est que par l'étude de détail des tremblements de terre qui se produiront dans des régions dont la tectonique sera bien connue et en utilisant des observations suffisamment nombreuses et précises que l'on pourra savoir si cette hypothèse est conforme á la réalité.

Quoi qu'il en soit, la faille qui va de l'Est de Salon au Nord de Lambesc et l'anticlinal en partie brisé qui l'accompagne plus an Sud, les failles qui courent du Nord de Saint-Cannat jusqu'á Venelles, le petit anticlinal brisé de Maliverny et les failles qui limitent le lambeau d'oligocène des collines de Lambesc, paraissent bien avoir joué un rôle dans la répartition des dommages. Les accidents qui se trouvent au Sud de la Trévaresse entre Eguilles et Aix et la faille qui limite á l'Ouest le plateau d'Aurons ont probablement aussi exercé une certaine influence sur cette répartition.

Il est également bien difficile, pour les mêmes raisons que celles données ci-dessus, de se prononcer sur la cause du phénomène, d'autant plus que les heures de la secousse principale n'ont pas été notées avec assez de précision dans les diverses localités de la région épicentrale pour qu'on puisse savoir si le séisme s'est fait sentir simultanément dans toute cette aire. D'autre part, rien dans les observations faites n'indique que le tremblement de terre ait été dû á un mouvement vertical ou á un mouvement tangentiel.

Etant donné l'état de complication au point de vue tectonique de la région dévastée, l'hypothèse qui paraît la plus vraisemblable est que le séisme du 11 juin 1909 a été provoqué par un tassement de couches relativement peu profondes, résultant d'une rupture d'équilibre due peu être á la décompression de couches plissées. En tout cas, le centre du phénomène - je ne dis pas l'épicentre - paraît devoir être placé dans la partie oú l'intensité sismique semble avoir été maximum, c'est-á-dire entre Grand-Croignes et Rognes.

Il semble aussi que le mouvement a dû se produire dans les terrains secondaires qui forment le substratum de l'aire épicentrale, mais il n'est pas possible, en raison de l'insuffisance de nos connaissances sur les dislocations de la région, de déterminer le ou les compartiments terrestres qui ont bougé.


Carte des isoséistes

ECHELLE DES INTENSITES.

I. Secousse très légère. - Secousse sentie seulement par quelques personnes, en parfait état de repos, surtout aux étages supérieurs des habitations, ou par des personnes particulièrement sensibles ou nerveuses.

II. Secousse légère. - Sentie par un petit nombre de personnes relativement á la population de la localité ; il ne se produit aucune appréhension et l'on ne se rend généralement compte du tremblement de terre qu'en apprenant que d'autres personnes ont perçu le même phénomène.

III. Secousse sensible. - Non sentie par tout le monde, mais bien d'un grand nombre de personnes dans les habitations, d'un petit nombre seulement du dehors. Pas d'alarme. Frémissement des vitres et de la vaisselle, cliquetis des charpentes, légères oscillations d'objets suspendus.

IV. Secousse assez forte. - Très généralement sentie dans les habitations, mais de peu de personnes endormies; quelques-unes s'alarment; battements des portes et des fenêtres, tintements des sonnettes, oscillations assez amples des objets suspendus; arrêts de pendules.

V. Secousse forte. - Sentie de tous dans les habitations, beaucoup de personnes s'effraient et s'enfuient au dehors; chutes d'objets dans les maisons et d'enduits; quelques avaries aux édifices les moins solides.

VI. Secousse très forte. - Alarme générale; tout le monde s'échappe au dehors; sensible dans les rues ; les cloches sonnent; chutes de cheminées et de tuiles ; dommages nombreux mais sans gravité.

VII. Secousse extrêmement forte. - Très forte alarme. Dommages importants á un assez grand nombre d'habitations. Les couvertures en tuiles sont en général assez endommagées.

VIlI. Secousse ruineuse. - Grand effroi de la population, ruine partielle de quelques maisons ; dommages nombreux et considérables dans quelques édifices pas de victimes ou un petit nombre de cas isolés.

IX. Secousse désastreuse. - Ruine totale ou presque totale de quelques maisons ; beaucoup d'autres très endommagées et rendues inhabitables ; victimes sinon très nombreuses du moins disséminées dans tous les quartiers d'une même localité.

X. Secousse très désastreuse. - Ruines d'un grand nombre d'édifices; crevasses du sol; éboulement de pentes; nombreuses victimes.

XI. Secousse catastrophique. Se définit d'elle-même.

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IMPRIMERIE NATIONALE 1927.

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